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Cimade : Violation des droits des migrants systématique à la frontière franco-italienne

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CRS_Menton_Garavan VIOLATION DES DROITS DES MIGRANTS SYSTÉMATIQUE À LA FRONTIÈRE FRANCO-ITALIENNE

À Vintimille, en Italie, à la frontière avec la France, de nouveaux lieux de blocages et de refoulements pour les personnes exilées se développent. Alors que la France a rétabli les contrôles à ses frontières intérieures dans le cadre de l’état d’urgence, les pratiques en dehors de tout cadre légal se multiplient pour bloquer les migrants.

Le trajet entre Vintimille et Nice donne rapidement le sentiment d’être en vacances dans un lieu privilégié de la Côte d’Azur : eau turquoise, pierres et oliviers, bosquets en fleurs et villas démesurées. Pourtant, pour les habitués du train transfrontalier, c’est un autre genre de scène qui est tristement devenue quotidienne. Depuis juin 2015, tous les trains arrivant d’Italie s’arrêtent à Menton pour être contrôlés par des forces de police françaises. Elles vérifient systématiquement les documents d’identité des personnes n’ayant pas la bonne couleur de peau.

À quelques kilomètres de là, des centaines de personnes exilées sont bloquées à Vintimille. Originaires du Soudan, d’Érythrée ou d’Afghanistan, la plupart d’entre elles ont déjà traversé l’enfer plusieurs fois : en Libye, puis en traversant la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Au local de la Caritas, situé à deux pas de la gare de Vintimille, les exilés passent chaque matin prendre un repas et voir s’ils peuvent trouver des chaussures et vêtements à leur taille. Assis à l’écart, les traits tirés, Merhawi se passe de l’eau sur le visage et semble sur le point de s’effondrer. « Il est arrivé seul il y a quelques jours » explique une bénévole de l’association. « Il vient d’apprendre que son frère, sa sœur et ses neveux étaient morts en Libye. Depuis, il ne parle plus, ne mange plus. Nous l’avons emmené voir un médecin qui lui a prescrit des antidépresseurs mais j’ai peur qu’il se fasse du mal. Il dit vouloir se rendre chez un ami à Paris mais n’arrive pas à le joindre. » Vies brisées, écorchées, écourtées sur les routes de l’exil remplies d’obstacles et de contrôles.

CINQ, DIX, QUINZE TENTATIVES DE PASSAGE

Vendredi en début de soirée, des associations françaises se relaient pour distribuer un repas chaud ou des sandwichs aux personnes exilées bloquées à Vintimille. C’est l’heure de « la maraude », rituel devenu quotidien malgré l’arrêté de la mairie de Vintimille, suspendu depuis peu, qui interdisait la distribution de nourriture dans la rue. Plusieurs centaines d’entre elles attendent patiemment leur tour pour prendre une assiette de couscous distribuée par une association musulmane de Nice qui viendra tout le temps du ramadan. Hussen, originaire du Darfour montre son attestation de demandeur d’asile enregistré à Paris en procédure Dublin et explique en français : « J’ai attendu plusieurs mois pour demander l’asile en France mais j’ai été placé en centre de rétention et renvoyé vers l’Italie. Je souhaite rester en France, j’ai appris le français et ai des amis là-bas, ici en Italie, je n’ai rien. » Certaines personnes ont tenté le passage cinq, dix, quinze fois. Prenant des risques parfois mortels pour rejoindre le « bon côté » d’une frontière.

Alors que la France avait officieusement remis les contrôles en place à la frontière franco-italienne depuis juin 2015, c’est seulement en novembre suivant que les contrôles ont été véritablement rétablis dans le cadre de l’état d’urgence. Depuis, pas moins de sept « points de passage autorisés » (PPA) sont tenus jour et nuit par des forces de l’ordre dans l’objectif officiel de la « lutte anti- terroriste ». En réalité, la situation est bien différente : contrôles et expulsions des personnes migrantes vers l’Italie, sans aucun respect des procédures légales à la frontière.

DES PRATIQUES POLICIÈRES ILLÉGALES

En gare de Menton Garavan, les CRS armés contrôlent chaque train en provenance d’Italie. À chaque arrivée, ils montent dans chaque wagon et contrôlent les personnes selon leur faciès (couleur de peau et style vestimentaire). Ceux qui seraient, selon leurs critères, susceptibles d’être des migrants en situation irrégulière sont contrôlés et descendus sur le quai s’ils n’ont pas de documents en règle. La loi prévoit très clairement les conditions dans lesquelles doit se faire le fameux refus d’entrée délivré en grand nombre depuis novembre 2015 (information sur les droits de la personne, notamment celui de demander l’asile, droit à un interprète, droit à demander « un jour franc » avant d’être renvoyé, droit d’appeler ses proches, etc.). Mais les forces de l’ordre se contentent de remplir rapidement le refus d’entrée, fait en quelques minutes sur les marches de la gare, avant d’emmener les personnes au poste frontière afin de les faire réadmettre par l’Italie, ou alors de les remettre dans un train retour en dehors de tout cadre légal.

La situation des mineurs est tout particulièrement préoccupante : depuis plusieurs semaines, la police ne leur remet même plus de trace écrite et les raccompagne sur le quai d’en face pour s’assurer qu’ils monteront dans le train. De toute façon, l’Italie ne les accepte plus, car elle sait que la France est tenue de les protéger. Au milieu de ces va-et-vient, l’un des CRS s’exclame à un jeune garçon « mineur, mineur, c’est par là, allez retour vers l’Italie » tout en indiquant le quai d’en face.

Après Calais, Idoméni, Subotica, Vintimille s’ajoute aux plaies ouvertes de l’Europe forteresse. En complément de la fermeture des frontières extérieures, les murs s’érigent désormais aux frontières intérieures. Les personnes en quête de protection sont ainsi mises en danger, tout comme l’un des projets européens les plus ambitieux : une circulation libre et non discriminatoire des personnes.

http://www.lacimade.org/violation-des-droits-des-migrants-systematique-a-la-frontiere-franco-italienne/

 

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