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Lu dans « L’Humanité » : "La promesse djihadiste vient remplacer pour certains la promesse occidentale qui ne fonctionne plus" (interview de Wael Garnaoui)

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Pour Wael Garnaoui : « L'Europe n'accueille plus les migrants, elle les sélectionne ! » Photo : Ayoub Benkarroum Wael Garnaoui est psychologue et doctorant à l'université Paris VII Diderot. Il mène une recherche sur les candidats tunisiens à la migration et au djihad. Entretien.

Vous avez effectué une série d'entretiens avec des jeunes candidats à la migration, mais aussi candidats au djihad. Qu'est-ce qui vous a conduit à eux ?

Wael Garnaoui. J'ai commencé à travailler sur la migration dite clandestine avec les familles de migrants disparus. Ils ont vu leurs enfants partir et les ont vus arriver en Italie via la télévision. Après ces images, ils racontent n'avoir reçu aucune nouvelle, accablées d'autant plus par le silence des autorités tunisiennes. L'Italie de son coté ne donnant pas d'informations, ces familles ont donc développé un processus de deuil pathologique. J'ai choisi d'étudier les motivations des clandestins: des jeunes hommes prêts à tout pour relever ce défi mortel et incarner ainsi l’« enfant sauveur » qui sera le héros de sa famille, et de sa mère en particulier. En effet, ces jeunes partent pour aider la famille à améliorer leurs conditions de vie ,ce qui leurs permettrait d’être reconnus par tous en tant qu’hommes. Ayant également étudié l'engagement des jeunes étudiants tunisiens dans le cadre de la révolution tunisienne, j'ai progressivement réussi à articuler mes recherches en psychanalyse et en sciences politiques.

La migration est devenue quasi impossible. Ce frein a-t-il favorisé l'offre djihadiste ?

Wael Garnaoui. Le mensonge de la migration réussie commence à éclater au grand jour. En effet, la souffrance des migrants en Europe est véhiculé par les médias depuis 2011. Il y a désormais un discours plus réaliste sur les obstacles réels auxquels sont confrontés les migrants. L'Europe n'accueille plus, elle sélectionne ! C'est dans ce contexte que vient se greffer l'offre djihadiste, qui propose de venger les candidats malheureux de cet objet d'amour qui se transforme en objet de haine. Pourtant, le désir de vengeance des revenants de la Syrie est moins fort que celui de ceux qui veulent partir au dhjihad. Ces jeunes ont le sentiment d'être déjà morts ou de ne plus exister avant même de partir.

A quel moment avez-vous rencontré des candidats au djihad ?

Wael Garnaoui. En 2014, avec la montée de l'Etat islamique, j'ai rencontré un candidat à la migration clandestine. Il m'a dit : « si je n'arrive pas à traverser la mer, je m'engagerai avec Daech ». Il faut reconnaitre qu'en Tunisie, l'avenir des jeunes est incertain. C'était la première fois que j'entendais un tel témoignage. Les jeunes sont envahis par les images de prospérité occidentale propulsant ainsi « un désir d’Occident » pour reprendre le concept du philosophe Alain Badiou. Les « harragas », ce qui signifie les brûleurs, risquent leur vie pour accéder à ce paradis occidental. Les jeunes qui cherchent à migrer sont issus de classes sociales les plus populaires. Ils sont dans la quête de soi, et d'un ailleurs. Suite à ce premier témoignage, j'ai voulu rencontrer d'autres candidats aux djihad et à la migration. Mon objectif étant d'analyser les mutations politiques et leurs incidences sur le comportement migratoire. Le seul point commun que partagent les candidats à la migration et au djihad, c'est celui de quitter la patrie, de partir pour l'Europe, ou pour la Syrie. La promesse djihadiste vient remplacer pour certains la promesse occidentale qui ne fonctionne plus. Ils changent à priori de promesse.

Que vous disent les candidats au djihad sur leurs motivations ?

Wael Garnaoui. J'ai rencontré des candidats aux djihad qui ont aussi eu une expérience clandestine, et qui ont cherché à concrétiser ce désir de l'Occident. Ces crises ont développée de nouvelles subjectivités. Ceux qui décident d'aller vers Daesh risquent leur vie pour mourir ou aller au paradis. Quand ils rentrent de Syrie, ils sont en liberté conditionnelle car en permanence sous contrôle. Mais au départ, ils cherchent une vie meilleure. Les jeunes en Tunisie sont envahis par les images de l'Occident, ils s'habillent à l'occidentale, ils adoptent les mêmes modes de vie, ils consomment ce qui vient de l'Europe. Ils fantasment le nord. Ils veulent ensuite logiquement s'y rendre mais sont tout de suite bloqués dans une prison à ciel ouvert, qui est leur pays natal. Pour obtenir un visa, il y a une sélection idéologique et économique drastique. Même la classe moyenne a des difficultés à l'obtenir. Pour moi, il existe un lien direct entre la problématique migratoire et le djihadisme. Les départs (que cela soit vers l’Europe ou vers le djihad) présentent des risques élevés encourus : les candidats risquent leurs vies afin de réaliser ce passage vers cet autre rêve nourri (le paradis occidental et le paradis céleste).

Prenons le cas d'Anis Amri, ce jeune djihadiste tunisien qui a tué 12 personnes sur le marché de Noël à Berlin. Est-il représentatif de ce double désir qui bascule de l'Europe vers la Syrie au gré des refoulements aux frontières ?

Wael Garnaoui. Il n'y a pas de profil type, mais des récurrences. Anis Amri a quitté la Tunisie à l'âge de 18 ans en 2011. Il s'est trouvé en Italie dans un centre de détention comme tous les migrants. Lui et nombreux autres ont voulu brûler le centre. Il a été condamné à trois ans et demi et est sorti de prison à 21 ans et demi. Le sentiment d'humiliation et de désespoir est profond, c'était pour lui la fin d'un rêve. Il a cherché des papiers en Allemagne qu'on lui a refusé. Anis Amri était bloqué dans le mensonge migratoire de la réussite. Celui qui rentre au pays sans rien perd toute sa dignité d'homme. Le contexte politique de la Tunisie est très important. Les gens avaient un seul miroir politique qui est celui de Ben Ali, ce miroir s'est brisé après la révolution. Ces jeunes se sont retrouvés dans l'inconnu, avec des promesses non tenues, donc ils sont parti à la quête d'autres identifications et modèles. L'Etat islamique, à l'opposé de l'Europe, envoie une invitation à ces personnes, en leur proposant une libération, un monde nouveau dans la vie terrestre et une atteinte du paradis dans l’au-delà. Cette invitation vient percuter le désir furieux de la jeunesse tunisienne d'aller vers une toute puissance, la grande majorité des candidats au djihad, près de 90%, a moins de 40 ans selon l'étude faite par FTDES. J'ai aussi beaucoup travaillé auprès de migrants à Calais. Ils emploient un mot très fort quand l'un d'eux parvient en Angleterre. Ils disent : « Mr.X s'est explosé» pour dire il a réussi à traverser la Manche vers UK. C'est une exaltation, ils franchissent le dernier pas vers le paradis occidental, comme une nouvelle naissance. Cela révèle un problème migratoire énorme et non pas seulement, comme certains le disent, un problème de conflits religieux.

http://www.humanite.fr/la-promesse-djihadiste-vient-remplacer-pour-certains-la-promesse-occidentale-qui-ne-fonctionne-plus

 

 

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