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2016 : Chronique des associations de tunisien(ne)s en France (2)

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2016 : Chronique des associations de tunisien(ne)s en France (2)

Tunisie : Ben-Guerdane, Kasserine, CNTE, l’odyssée …

Voilà pour le contexte français, européen et les conséquences de l’instauration de l’Etat d’urgence. Mais il y a également le contexte tunisien. Et il y a eu les élections de 2014 en Tunisie qui ont donné lieu à un changement de majorité lequel, pensait-on, allait ouvrir la voie à une réelle alternance. Or l’orientation et la stratégie choisies par le parti vainqueur des élections (Nida Tounes) ont davantage encore obscurcie le paysage politique, institutionnel et social et ne cessent d’ailleurs encore aujourd’hui d’entretenir les incertitudes et d’alimenter les inquiétudes des Tunisien(ne)s. Sans oublier que le terrorisme menace toujours du côté de Chaambi et de plus en plus du côté de la frontière libyenne. Et cela intervient inévitablement dans le contexte et dans le ressenti des Tunisien(en)s en France et des associations.

L’année 2016 commence, pour les associations de l’immigration, par un mouvement de solidarité avec les grévistes de la faim, anciens militants de l'UGET (union générale des étudiants de Tunisie) et l’UDC (union des diplômés chômeurs), en grève depuis le 17 décembre. Et contrairement aux évènements concernant les conséquences de l’Etat d’urgence en France où l’on a vu surtout les associations prendre des initiatives, ici, se sont certes les mêmes associations qui agissent mais l’on voit aussi et souvent intervenir les représentants et militants des mouvements et partis politiques tunisiens et notamment les partis de la gauche progressiste et démocratique (le FP, El-Massar, El-Joumhouri …). Cela s’est même confirmé suite au décès de Ridha Yahyaoui 28 ans, le 16 janvier 2016 suite à une électrocution. Il faisait parti des diplômés chômeurs, ces oubliés de la révolution, mobilisés pour leurs droits depuis de longues années maintenant et qui espéraient obtenir réparation après la révolution.

Janvier 2016, soutien aux luttes sociales : Il faut dire que les enjeux de la période après les élections de 2014 sont importants tant dans leur symbolique que dans le quotidienne en Tunisie. Et en premier lieu il y a les multiples tentatives de criminalisation des mouvements sociaux. Outre que l’on cherche à minimiser voire même faire passer à la trappe la question sociale certains milieux politiques et lobbys sont même disposés sinon à une remise en cause totale - qu’ils savent impossible en raison de la vigilance de la société civile - mais à un grignotage de l’un des acquis de la révolution que sont les libertés individuelles et collectives. Car c’est cette liberté nouvellement acquise qui permet aussi aux classes populaires, aux chômeurs … de se mobiliser pour la justice sociale. Et, à l’image de la société civile en Tunisie, les associations démocratiques de l’immigration ont très bien compris le danger et outre les mobilisations quasiment pied à pied en solidarité avec les mouvements sociaux ont pris l’initiative de mettre en place, dès le mois de janvier lors d’un rassemblement devant l’ambassade de Tunisie, une structure de vigilance et de suivi « le Comité de suivi des luttes sociales en Tunisie ». Elles sont également tout aussi vigilantes par rapport aux réflexes et tentations corporatistes dans certains secteurs qui craignent de perdre certains de leurs « acquis ». Sacré mois de janvier qui s’inscrit dans la mémoire collective des Tunisien(ne)s le mois repère et symbolique de la question sociale et de la justice sociale !

Mars 2016 le terrorisme frappe à Ben-Guerdanne ! En 2015 le pays comme la société s’étaient presque « habitués » aux attentats et le terrorisme était « banalement » rentré dans le cycle récurent des informations : Le Bardo, Sousse, Tunis, Chaambi … Mais avec l’attaque de Ben-Guerdanne la Tunisie a fait face à une nouvelle forme de terrorisme voire de quasi guerre visant la conquête militaire d’une ville et d’un territoire avec l’intention de déclarer un émirat. La rapidité de réactions des forces de sécurité, de l’armée … ont évité le pire et on remporté la bataille militaire. Mais la plus grande défaite des assaillants, sur le plan moral et politique, c’est quand la population de Ben-Guerdane s’est jointe à l’armée contre les terroristes. Les associations de l’immigration ont unanimement condamné l’attaque.

Le Conseil national des Tunisiens à l’étranger. Voilà encore un thème et une question récurrents qui comme un serpent de mer se rappelle régulièrement à notre bon souvenir sans pour autant avancer d’un pouce. Cette idée de représentation des Tunisien(ne)s à l’étranger est une revendication ancienne des associations démocratiques de l’immigration et des Tunisien(ne)s à l’étranger. La révolution de 2011 l’a évidemment remise à l’ordre du jour surtout après la tenue des « 1er Assises de l’immigration tunisienne » réunies en mai 2011 à Paris – Saint-Denis. L’idée avait fait son chemin et a aboutie en 2012 / 2013 dans les couloirs des ministères et de l’Assemblée nationale. Un projet de loi sur un Conseil national des Tunisiens à l’étranger (CNTE) a été rédigé et discuté et les principales propositions et remarques proposées par les associations furent favorablement accueillies. Mais c’était sans compter sur les anciens réflexes remixés par les nouveaux politiciens et les habitudes fortement marquées par le souci constant de contrôle et d’instrumentalisation d’une telle instance. Les trois grands points d’achoppement furent et sont encore : 1/ la présence au sein de l’instance des 18 élus de l’ARP représentants les tunisiens à l’étranger ; 2/ la question des rapports entre la présidence de l’instance et la direction administrative ; 3/ l’autonomie financière.

Les questions sociétales ont donné lieu en 2016 à des réflexions et des mobilisations importantes en Tunisie bien sur mais également dans l’immigration. Si l’un des acquis immédiat et l’un des plus palpables est la liberté d’expression il est d’autres acquis qui n’en sont pas moins importants même si pour l’heure on n’en voit pas la concrétisation dans la vie de tous les jours. Il s’agit évidemment des questions dites sociétales en particuliers celles relatives aux mœurs, la famille ... (la décriminalisation de la consommation de la zatla et l’abrogation de l’article 52 de code pénal[1], la torture dans les prisons, le refus de l’homophobie la demande d’abrogation de l'article 230 du Code Pénal, la nécessaire modification de l’article 227 bis du code pénal tunisien concernant le viol sur mineurs, la question du racisme, la question de l’égalité dans la succession, les droits et la protection de l’enfance, la violence contre les femmes, la question du suicide, de l’environnement …).  En Tunisie nous avons aujourd’hui la possibilité de pouvoir poser et débattre, sur la place publique, de toutes ces questions. En réalité ces questions sociétales ont toutes en commun d’être au cœur et au croisement de la question des libertés individuelles. On pense souvent, à tord, que les libertés individuelles relèvent de l’espace privé sous-entendu qu’elles ne peuvent s’exposer que dans celui-ci. Or rien de plus erroné car une liberté qui ne s’exprime pas dans l’espace publique est un non sens. Et l’espace public est le lieu où doivent s’exprimer librement toutes les opinions à la condition évidemment qu’elles ne portent pas atteinte à l’ordre public et qu’elles ne soient pas un moyen de faire du prosélytisme et surtout qu’elles ne soient pas imposées à autrui et que le choix d’adhérer à tels ou tels opinion, mouvement, organisation, obédience … n’empêche personne d’en sortir, à tout moment et de ne plus y adhérer. Et en abordant ces questions sociétales on lève de même coup le voile sur des situations souvent dramatiques et jusque là maintenant dans l’ombre (comme par exemple les conditions de détention et la situation des prisons[2], les formes d’esclavage moderne…). Bien sur les associations de l’immigration suivent de très prêt ces situations et n’hésitent pas à apporter leur aide, leur contribution ou leur soutien aux victimes de ces dérives mais accompagnent également les associations de la société civile en Tunisie qui agissent sur ces différents terrains : ATFD, AFTURD, l’association de soutien aux minorités, l’association Chouf Minorities, les associations SHAMS ou Mawjoudin, AlSajin52, le FTDES … pour n’en citer que quelques unes.

Les associations de l’immigration ont même été bien plus engagées sur certaines de ces questions comme par exemple l’initiative pour « l’abrogation de la circulaire du ministre de la justice du 5 novembre 1973 concernant le mariage des tunisiennes avec des non musulmans » ou encore pour la proposition de « loi contre le racisme » qui a été discutée et soumise à l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) par plusieurs députés toutes obédiences confondues.

Il a également les initiatives des associations autour de la COP 22 à Marrakech et plus généralement autour de la question de l’environnement. Questions nouvelles autant pour les sociétés maghrébines que pour la société civile et même les associations de l’immigration tunisienne. Non pas qu’elles n’avaient pas conscience de l’importance de la question mais toutes commencent à se rendre compte des urgences. La nécessité de sortir notamment de l’instrumentalisation de la question de l’environnement et des déclarations langue de bois qui ont caractérisé la plupart des États de la région et faire en sorte que l’environnement devienne réellement un enjeu des sociétés civiles, des citoyen(ne)s et bien sur des États. Et en ce sens l’Odyssée Ibn-Battûta, initiative spécifique des associations de l’immigration, pourrait jouer un rôle pédagogique en la matière.

 

(à suivre)

Mohsen Dridi

 



[1] Cf. jeune Afrique du 2 janvier 2017 :  11 868 personnes ont été détenues en 2016, dont 358 femmes. Plus de la moitié de ces arrestations – 6662 – étaient liées à la consommation de drogues et autres stupéfiants, des motifs pour lesquels 2 680 personnes sont encore en attente de jugement

[2] Selon le ministre de la justice en Tunisie, on compte moins de 2 m² par prisonnier ». Dans certaines prisons du pays, la surpopulation a même explosé, comme à Kairouan, où la capacité d’accueil a été dépassée de 217%, à Houareb (216%), ou encore à Monastir (192%) (Cf. jeune Afrique du 2 janvier 2017

 

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