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Ali Ben Ghdahem

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La mort de Ali Ben Ghedhahem

La crise économique était à son paroxysme sous Sadok Bey qui, dès son avènement en 1859, pensa à augmenter « La Mejba » ou impôt sur le revenu, sous l'influence de son ministre des Finances, véreux et corrompu : Mustapha Khaznadar.

Celui-ci d'ailleurs mettait en garantie les revenus de la Mejba, pour contracter des prêts auprès de financiers européens ? Il profitait de cette confiance aveugle que lui faisait le bey, pour satisfaire ses désirs et sauvegarder ses intérêts, au détriment de ceux du pays. C'est ainsi que fut dilapidé le trésor, par ce ministre d'origine « mamelouk » ou esclave blanc et les fonctionnaires qui étaient à son ministère et qui avaient les mêmes origines.

Car le Bey qui se méfiait de l'empire ottoman, confiaient les principaux emplois du pays aux mamelouks.

Dans son ouvrage : « Etude d'histoire tunisienne », P. Grandchamp, rapporte les propos de Napoléon Bonaparte à leur sujet en s'adressant aux populations égyptiennes à qui il disait : « Y a-t-il une belle femme ? elle est aux mamelouks, un beau cheval, il est aux mamelouks, de l'argent, de beaux arbres, des terres fertiles, ils sont aux mamelouks ».

C'est cette situation de corruption, d'injustice sociale et de malversation crée par ces fonctionnaires mamelouks qui engendra des soulèvements populaires à travers tout le pays troublant l'ordre public et instaurant un climat d'insécurité et de menaces. L'historien Grandchamp, précité fait remarquer dans son même ouvrage que ce mouvement populaire qui fut à son point culminant en avril 1864 et qui dura plus d'un an était dirigé plus contre les Mamelouks que contre Sadok Bey. Le mot d'ordre dans les rébellions était : « Plus de mamelouks, plus de Mejba, plus de constitution ».

Le mouvement insurrectionnel atteignit le Sud Tunisien, du Nord en passant par Mateur, Béja, le Kef, les insurgés chassèrent les Caïds ou gouverneurs, dont certains furent tués, comme le Caïd El Arbi au Kef, après une bataille acharnée dirigée contre ses gardes et qui fut menée par Ali Ben Ghedhahem.

En un mois, le mouvement gagna le Sahel et toute la côte jusqu'à Sfax. Dans une étude intitulée : « L'insurrection de 1864 dans le Sahel », le professeur tunisien Ben Slama, fait remarquer que cette insurrection marqua un fait historique nouveau où les bourgades et les villes du Sahel qui restaient à l'écart des soulèvements contre les injustices fiscales auparavant, avaient joué lors de cette insurrection de 1864 un rôle actif qui suscita les préoccupations du Bey et des puissances étrangères dont le sultan ottoman qui a envoyé un représentant à Tunis, Haydar Efendi, tout comme les Etats européens dont notamment la France.

« Peut-on parler, observa-t-il, dans les conditions de la Régence de 1864 d'une véritable coordinence nationale, tout au moins peut-on déceler dans ces manifestations l'éveil d'un sentiment national qui s'exprime ».

Ce qui inquiéta le bey et l'ébranla davantage c'est cet appel au sultan lors des manifestants où les insurgés criaient : « Vive le Sultan », et refusaient de recevoir les représentants du bey en déclarant ne reconnaître qu'un seul maître : le sultan ottoman. C'est ce qui l'amena à renoncer à la Mejba et à suspendre la constitution en avril 1865.

* Qui était Ali Ben Ghadhahem,, qui fut le meneur principal de cette insurrection et qu'on appelle « le bey du peuple » ?

Ibn Abi Dhiaf, dans son livre Al Ithaf ne fait pas son éloge en le présentant comme « un homme de la population des Oulad Msahil de ceux qui prétendent être homme de science, en vérité il ne l'était pas. Inconnu durant sa vie, il n'avait jamais eu l'occasion d'avoir un quelconque pouvoir politique ».

Quant à l'historien Grandchamp il le décrit comme « un homme de petite taille, d'un teint blanc, d'un esprit fin et éclairé, courageux, connaissant bien les affaires du temps, bon cavalier, aimé par toute la tribu des Majer ainsi que par tous ceux qui l'ont connu à l'époque. Il avait fait ses études à la grande mosquée Ezzeïtouna ».

Son père Mohamed Ben Ghedhahem était Cadi (magistrat charaïque) des Majer. Il fut tué par le Caïd El Arbi Sehili qui lui fit absorber un café empoisonné. Rentrant chez lui avec d'horribles souffrances, il confia à son fils, avant de mourir qu'il soupçonnait ce Caïd El Arbi, et lui fit jurer de le venger. C'est ainsi qu'Ali tint sa parole en tuant le Caïd El Arbi de sa propre main, lors de cette révolution.

Ibn Abi Dhiaf rapporte dans son ouvrage précité, que Ali Ben Ghedhahem se réfugia en Algérie. Il put après quelque temps rejoindre les tribus des « Frachiches ».

A la suite d'une intervention du délégué ottoman Haydar Efendi, le bey lui fit grâce et c'est ainsi qu'il se présenta tout confiant devant lui.

Mais il fut arrêté le 1er mars 1866 au Bardo où il fut torturé par la milice du bey qui assistait discrètement à la scène du balcon de son palais.

Grandchamp raconte « qu'une dame est sortie du Palais, lui disant, en ricanant : c'est toi qui voulait devenir Sidna (notre seigneur) ? et Ali Ben Ghedhahem répondit : Pourquoi n'êtes-vous pas venus chez moi lorsque j'étais dans le maquis ? Maintenant la gloire est loin de vous, parce que je suis là de ma propre volonté, dit-il avec force en se dirigeant vers la foule ».

Détenu à la prison de la Goulette : La Karraka, il mourut, empoisonné le 10 octobre 1867.

Ahmed YOUNES

(Source : Le Temps du 30 octobre 2005)

 

 

 



 

 

Sur les traces de Ben Oun «Khannag Larouâh» (Preneur des âmes) : Le petit-fils de Ali Ben Ghedhahem El Mejri…

 

 

Ben Oun est le petit-fils de Ali Ben Ghedhahem. Sitôt son grand-père capturé, il prit le maquis et déclara la guerre à tout le monde. Il se retrancha dans une zone très dangereuse d’où il allait mener la vie dure au Bey, à ses dignitaires et aux riches de sa région. Il brûla les récoltes, enleva les femmes et tua les hommes avant de rejoindre le mouvement des «Fellagas» (Résistants) et défier la France… Néanmoins, Ben Oun n’a jamais touché aux pauvres et aux malheureux de cette époque… Bien au contraire, son destin s’inscrit dans le même cadre que celui de son grand-père qui a choisi d’être à côté des démunis…

 

On ignore exactement à quelle époque les «Mejer» se sont installés à Kasserine. Mais depuis qu’ils sont là, ils n’ont jamais été bien traités. Cette tribu a choisi de vivre de l’élevage. Alors, ils ont été toujours des nomades se déplaçant constamment à la recherche de nourriture pour leurs bêtes. Selon les saisons, ils sont parfois au nord de Kasserine, parfois au sud, parfois à l’est et parfois à l’ouest de cette ville considérée comme étant le fief d’une autre tribu, celle des Frachich.

«Mejer» ce ne sont que des bergers, dira-t-on et il est rare qu’une communauté respecte un berger. Du coup, cette tribu est reléguée sur le plan social à un rang très bas. Elle fait, désormais, l’objet d’un rejet catégorique de toutes les autres tribus.

Ils vivaient dans la misère et la pauvreté et goûttaient à l’injustice. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ils sont fréquemment harcelés par les soldats du Bey qui leur demandent de plus en plus d'impôts.

Force est de dire que la plupart du temps les «Mejer» n’avaient rien à payer au Bey. Alors, «Askar» (soldats) «Maoulana» (seigneur) s’emparaient des femmes et même des enfants.

Une autre forme d’humiliation qui s’abattait sur cette tribu, vraisemblablement, la moins considérée tout au long du pouvoir des Beys.

Bien évidemment, dans ces conditions et ces circonstances dramatiques, la haine est grande. Le sentiment d’injustice est plus que jamais fort. Et le désir de la vengeance habitait tous les esprits, lorsque du néant avait surgi un homme. Il s’appelait «Ali Ben Ghedhahem El Mejri». Déjà à vingt ans, il remportait sa première course de chevaux et détrôna «Jlass», une autre tribu du sud de l’actuel Kairouan, connu pour ses cavaliers courageux.

Le nom de Ali est bientôt sur toutes les lèvres. Sa réputation dépassera les frontières. La tribu de Mejer voyait en lui le sauveteur. Il incarnait l’espoir et la délivrance. Nous sommes en 1858. Les soldats du Bey s’en prenaient, maintenant à toutes les tribus. Les caisses de la Iyala sont vides. «Khaznadar» (Le ministre des Finances) crée de nouveaux impôts. Les tribus sont de plus en plus pauvres et le feu allait, d’une minute à l’autre, se déclarer dans tout le royaume.

En 1859, Ali Ben Ghedhahem ordonna aux siens de ne plus payer d’impôts. Il forma un petit noyau formé de quelques hommes et déclara la résistance aux «Askar El Bey».

Il se réfugia à «Jbal Oueslat», situé entre l’actuel Oueslatia (Gouvernorat de Kairouan) et Bargou (Gouvernorat de Siliana). Il repoussa les hommes du Bey. L'armée beylicale ne peut plus, désormais, progresser au-delà de l’actuel «El Fahs».

La réussite de Ali Ben Ghedhahem fut telle que bientôt, toutes les autres tribus rallieront son armée. Le rêve de voir Ouled Ayar, Jlass, Hemmamma, Oueslat, Frachich et bien évidemment Mejer constituer un seul front est devenu réalité.

Le grand jour n’allait pas tarder à se lever. En 1864, Ali et son armée déclaraient la révolution. Un véritable soulèvement populaire. Les insurgés entamèrent leur voyage vers la capitale et sur leur route, ils furent rejoints par des centaines d’hommes. Au mois de mai de cette année de 1864 et alors que Ali et les siens avaient atteint le Pont d’El Fahs, le Bey, sentant le danger, fit envoyer son armée. Plusieurs affrontements eurent lieu ans que l’un des deux camps ne se neutralise.

Dans un repli tactique, les généraux du Bey suggérèrent à Ali de négocier. On invita même le Caïd, de venir à Tunis rencontrer «Maoulana».

Hésitant au départ, Ali finit par accepter l’offre du Bey. Il partit par un beau jour de ce mois de mai de l’an 1864 à El Mohammadia où le Bey avait une résidence. Ali ignorait que ce voyage serait le dernier.

En effet, il fut capturé et conduit à Tunis. En attendant d’être jugé, il fut incarcéré à «Karrakat» de la Goulette où il décédera quelques mois plus tard.

Seulement, ce que le Bey ignorait c’est que le feu couvait sous la cendre et il suffit d’y souffler pour qu’il reprenne de plus belle. Ce feu n’est autre que Ben Aoun, le petit-fils de Ali Ben Ghedhahem surnommé: «Khannag Larouah» (Preneur des âmes).

(A suivre)

 

Habib MISSAOUI

 

 


 

 

 Mémoires de l’histoire La révolte d’Ali Ben Ghdahem «Le Bey du peuple».

 

 En dépit de son ampleur et de son expansion, la révolte de 1864 a été noyée dans le sang. A l’exception de quelques uns (comme Hamouda Pacha 1778 - 1815) les Beys étaient en rupture totale avec le peuple. Aussi, la relation entre le pouvoir politique et la société était réduite à un seul paramètre : l’usage de la violence pour imposer l’obéissance à l’Etat. Par ailleurs, l’alourdissement de la fiscalité fut souvent à l’origine de crises politiques et d’insurrections des tribus, surtout pendant la première moitié du XIXe siècle. Des insurrections locales ont eu donc lieu au sud tunisien (1840), à Amdoun (1840 - 41) Khmir (1844), chez les Hmammas (1844) au nord-ouest (1854-1857)… La révolte de 1864 Parmi ces insurrections, celle de 1864 était la plus importante. Sans doute parce qu’elle déborda le cadre local pour évoluer à l’échelle d’une ligue de tribus et s’élargir également au milieu citadin. La révolte éclate aussitôt après le dédoublement de la «Mejba» et sa généralisation sur les villes. La désobéissance fiscale a commencé dans le milieu tribal connu pour ses traditions insurrectionnistes. Du coup, les tribus du centre, du nord et du nord-ouest prennent les armes et nouent des alliances par le biais de leurs chefs tel que «Sboui» de «Jlass» «Ibn Dahr» de «Riah». Mais parmi ces chefs de tribus, le plus emblématique fut sans aucun doute Ali Ben Ghdahem. Son charisme, ses qualités innées de meneur d’hommes lui permettent d’unir les tribus du centre et du nord-ouest dans un temps record et constituer une véritable force de frappe devant laquelle, les forces du Bey étaient impuissantes. Le succès d’Ali Ben Ghdahem lui vaut le qualificatif de Bey du peuple surtout après que la révolte eut gagné la ville du Kef et que l’un des symboles de la répression du Beylik (Farhat Oueld El Kahia le «gouverneur» du Kef), fut tué par les insurgés. La révolte gagna ainsi les trois quarts du pays depuis avril 1864. Le raz de marée insurrectionnel devait ensuite s’élargir au milieu citadin de la bande côtière à l’exception de la ville de Tunis. En mai 1864, seule la ville de Tunis et ses alentours, notamment le Cap-Bon demeuraient fidèles au Bey. Cette situation mit le Beylik en péril et inquiéta les puissances étrangères (France et Angleterre) dont la flotte accosta au large de la Goulette. La répression A défaut de pouvoir étouffer la révolte par la force, le pouvoir beylical eut recours à la ruse et à la perfidie. Les agents du Bey manœuvrèrent pour briser les alliances tribales en suscitant toutes sortes de convoitises et en faisant des promesses aux uns et aux autres. La promesse de réviser à la baisse les impôts affecta sérieusement la mobilisation des tribus. De plus, le Beylick parvint à séduire le meneur de la révolte, Ali Ben Ghdahem en promettant de lui offrir le domaine de Rohia «Henchir Errouhia». Conjointement à ces manœuvres, le Beylik préparait la grande répression. Une fois l’alliance tribale brisée, le Bey lança ses troupes contre les différentes régions du pays dans une action de répression des plus sauvages conduite par Ahmed Zarrouk à M’Saken et Ismael et Rostom au nord-ouest. Ali Ben Ghdahem fut capturé et incarcéré dans le pénitencier de la Goulette jusqu’à sa mort en 1867. Abdelmajid Haouachi (Le Quotidien)

Mis à jour ( Lundi, 21 Septembre 2009 09:24 )  

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