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Tahar Haddad (1899 - 1935)

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Tahar Haddad, né en 1899 à Tunis et décédé le 7 décembre 1935, est un penseur, syndicaliste et homme politique tunisien.

 

 

Il a milité pour l'évolution de la société tunisienne au début du XXe siècle. Il est connu pour avoir lutté activement en faveur des droits syndicaux des travailleurs tunisiens, de l'émancipation de la femme tunisienne et de l'abolition de la polygamie dans le monde arabo-musulman.

 

Tahar Haddad est un contemporain et ami du poète Abou el Kacem Chebbi et du syndicaliste Mohamed Ali El Hammi

 

 

 

 

 

Éducation

Né en 1899 à Tunis, au sein d'une modeste famille originaire du village d'El Hamma dans le sud du pays dont le père est marchand de volailles au marché central, Haddad suit une éducation traditionnelle: il étudie dans une médersa pendant six ans avant d'entrer à l'Université Zitouna en 1911 dont il sort diplômé en 1920

 

 

Activités syndicales

Opposé à une carrière de notaire qu'il juge trop limitative, il adhère et devient un membre actif du Destour, dès sa fondation, et prend la responsabilité de la propagande. Mais il quitte vite le parti, agacé par ses inerties internes et débute alors une carrière de journaliste tout en s'engageant dans le mouvement syndical tunisien qui émerge à cette époque. Il fonde avec Mohamed Ali El Hammi, en juin 1924, l'Association de coopération économique et participe à la mise en place de la Confédération générale des travailleurs tunisiens (CGTT) en décembre de la même année. Il fréquente alors différents milieux, aussi bien les conservateurs de la Zitouna que les modernistes de l'association des anciens élèves du Collège Sadiki et de la Khaldounia. En 1927, il publie un premier ouvrage intitulé Les travailleurs tunisiens et la naissance du mouvement syndical où il présente un programme pour l'amélioration de la condition des travailleurs.

 

 

Combat pour les femmes

En 1928 et au début de l'année 1929, il écrit bon nombre d'articles portant sur l'instruction de la femme et son émancipation juridique et sociale dans le journal As-Sawab dirigé par Hédi Laabidi. Ces écrits sont à l'origine de son ouvrage le plus connu, Notre femme dans la charia et la société (1930), dans lequel il présente son programme de réforme sociétalepar le biais de l'émancipation et de la libération de la femme. La parution du livre l'empêche de poursuivre ses études à l'École de droit de Tunis entamées en 1928. En effet, ses idées essuient un vif refus de la part des franges les plus conservatrices de la société et il fait l'objet d'une violente campagne de dénigrement de la part de membres du Destour et de la hiérarchie conservatrice de la Zitouna. La polémique entre modernistes et conservateurs est à la base de thèses de personnalités telles que Mohamed Salah Ben Mrad et Amor Berri Medani qui rédigent des textes contredisant la pensée de Haddad.

 

Pendant que le conseil d'administration de la mosquée Zitouna prépare la condamnation des propos de Haddad, ses amis lui organisent le 17 octobre 1930 une réception au casino du parc du Belvédère, à l'occasion de la parution de son ouvrage. 130 personnes sont présentes dont Zine el-Abidine Snoussi, Mahmoud Materi et Hédi Laabidi. Abou el Kacem Chebbi, malade, ne peut pas y assister et laisse un message écrit pour excuser son absence tandis que Mohamed Tlatli se désiste, alors qu'il devait présider la cérémonie. Il est finalement remplacé par Rachid Ben Mustapha.

 

Trois ans après cette publication, Haddad s'exile. Durant cette période, il est frappé par une crise cardiaque et meurt de la tuberculose le 7 décembre 1935 dans l'isolement le plus complet.

 

 

Héritage

Ce n'est que plusieurs années plus tard qu'il sera réhabilité et sa contribution reconnue. En effet, ses idées sont prises en compte lors de la conception et de la promulgation, le 13 août 1956, du Code du statut personnel.

 

Tahar Haddad a certes eu des adversaires mais également beaucoup de supporters. On a dit de lui que c'était « une personnalité dotée d'une capacité intellectuelle exceptionnelle qui est restée sans pareil dans la société tunisienne depuis Ibn Khouldoun il y a 600 ans ». Dans son livre Tahar Haddad paru en 1957, Aboulkacem Mohamed Karou déclare que « Haddad a milité avec sa plume et son esprit, sa poésie et sa prose comme personne avant lui et personne d'autre jusqu'à présent [...] Il a sacrifié sa vie pour défendre la liberté d'expression et de recherche ».

 

 

Pensée

Les idées de Tahar Haddad sont le prolongement du courant réformiste initié au XIXe siècle par Kheireddine Pacha, Ibn Abi Dhiaf, Mohamed Snoussi et d'autres penseurs tunisiens qui ont tous défendu l'idée de modernisme. Ses propositions en faveur de la condition féminine et de la réforme sociale en Tunisie se démarquent de la simple manière de reproduire le modèle européen et puisent dans ce qui s'accorde avec la charia. Dans son ouvrage majeur, Haddad prend position contre les préjudices liés au statut des femmes, qui sont selon lui injustement attribués à l'islam, et appelle à un retour à l'ijtihad. Il est convaincu que la religion islamique peut s'adapter en tout lieu et en tout temps. C'est pourquoi, selon lui, une réforme sociale radicale s'impose. Ses idées convergent avec celles du penseur égyptien Kacem Amin (1863-1908), auteur de La nouvelle femme.

 

En matière de droits civils, il montre qu'à l'origine l'islam considérait la femme comme l'égale de l'homme en termes de droits et de devoirs ; il en est ainsi dans le domaine de la propriété privée. Toutefois, la plupart des femmes confiaient leurs biens à leurs maris ou à leurs pères. Haddad rejette cette tradition et appelle les femmes à revendiquer leur droit à un contrôle complet sur leurs biens. Dans le domaine judiciaire, les femmes n'avaient pas le droit d'occuper des postes au sein du système ou d'être témoin. Haddad explique pour sa part que l'islam n'exclut pas les femmes de ces droits.

 

Dans le domaine de l'éducation, il indique qu'il est totalement absurde d'exclure les femmes et qu'elles devraient avoir le droit de terminer leurs études et de participer pleinement à la vie publique.

 

Il s'attarde ensuite sur l'institution du mariage : il appelle d'abord à libérer la femme de la tradition du mariage arrangé voire forcé. Il met aussi en lumière le fait qu'il ne peut exister de famille heureuse si les parents continuent d'arranger les mariages de leurs filles contre leur volonté. Il condamne également le système de punition connu sous le nom de Dar Jwad (appelé Beit Ettaa dans les pays du Machrek) où un mari mécontent de son épouse pouvait la répudier ou l'envoyer dans une maison, la Dar Jwad, pour la soumettre à de sévères châtiments jusqu'à ce qu'elle se repentisse et soit prête à reprendre la vie conjugale aux conditions posées par le mari. En matière de divorce, il dénonce les abus commis contre les femmes au nom de l'islam car un mari pouvait répudier son épouse sans motifs ni explications, quittant souvent celle-ci et ses enfants pour une autre femme. Il suggère donc que les désaccords soient portés devant une cour de justice habilitée à dissoudre le lien matrimonial. Il explique aussi la référence coranique tolérant la polygamie tout en appelant à son abolition en la considérant comme une pratique pré-islamique. Enfin, il critique le système inégalitaire de l'héritage qu'il juge discriminatoire, une femme n'héritant que la moitié de la part héritée par l'homme. (ici)

 

 

Mis à jour ( Vendredi, 06 Novembre 2009 22:37 )  

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