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Hassen Saadaoui (1899 - 1963)

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Un vibrant hommage a été rendu le vendredi 17 avril 2009 au militant syndicaliste et communiste Hassen Saadaoui (1899-1963) au cours d’une rencontre organisée à sa mémoire par le Mouvement Ettajdid à laquelle avait pris part un public nombreux.

En février 1963 , Hassen Saadaoui avait décédé dans les locaux de la police tunisienne à la suite d’une crise cardiaque, alors qu’il était arrêté dans le cadre d’une instruction ouverte au lendemain de l’interdiction du parti communiste tunisien en janvier 1963.

Né au tournant du XXe siècle à Mejez El Bab, il vint travailler à Tunis, au lendemain de la première guerre mondiale, dans le souk des brodeurs de cuir (Selliers). C’est là qu’il prit connaissance du mouvement nationaliste.Ssous l’influence de feu Ahmed Ben Miled, membre actif, à l’époque, de la jeunesse communiste, il adhère dès 1923 au mouvement syndical révolutionnaire et au jeune parti communiste. Il accompagna la première expérience syndicale animée par Mohamed Ali, Mokhtar El Ayari et Taher El Haddad etc.

Suite à la décapitation du mouvement en février 1925, il tente, avec d’autres militants, de continuer la lutte et d’apporter un soutien aux détenus, à travers l’animation de la Section tunisienne du Secours Rouge International. De 1927 à 1929, il vit en France comme travailleur aux usines Citroën et mène, en même temps une expérience politique au sein de la « commission coloniale » du Parti communiste français et dans l’ « Etoile Nord Africaine », aux côtés des Algériens Haj Ali et Messali Haj et des Tunisiens Taieb Dabbab, Chedly Khairallah et Habib Farhat. De retour en Tunisie en 1930, il est envoyé en 1931 avec Ali Djerad pour un séjour d’études et de formation de 27 mois à Moscou à l’Ecole d’Orient, qui dépendait de l’Internationale communiste. En 1933, il rentre en Tunisie et travaille comme employé de commerce et mène ses activités syndicales dans le cadre du syndicat des employés dépendant de la CGTU. Le 03 septembre 1934, il fut parmi les six communistes arrêtés et envoyés dans les territoires du Sud tunisien aux côtés des huit dirigeants destouriens. Suite à sa libération en mai 1936, il intègre les instances dirigeantes de l’Union Départementale de la CGT, après la réunification du mouvement syndical français en mars 1936 : c’est la période au cours de laquelle Farhat Hached militait à la Section de la C.G.T à Sousse.

En juin 1936, il est désigné comme membre de la direction du Parti communiste. En 1937, il est le responsable d’Ettalia, journal en langue arabe du parti communiste.

Avec le déclenchement de la seconde guerre, et suite à l’interdiction du parti communiste en octobre 1939, il fait partie, avec Ali Djerad, Salah Sebai, Mohamed Djerad, du premier groupe de dirigeants communistes déportés à l’intérieur du pays. Assigné à résidence au Kef en janvier 1940, il est vite envoyé au camp d’El Guettar et ensuite transféré en Algérie jusqu’en juillet 1943. De retour à Tunis, il est à nouveau aux instances dirigeantes du parti communiste et prend une part active à la reconstitution du mouvement syndical qui aboutit au congrès de mars 1944, où une majorité communiste a été élue à la tête de l’UD CGT. L’échec de la liste socialiste- au sein de laquelle figurait Farhat Hached - va consacrer peu à peu la division du mouvement syndical. A partir de 1946 et jusqu’en 1956, le mouvement syndical tunisien est marqué par la coexistence et la compétition entre centrales syndicales : l’USTT (présidée par H. Saadaoui) et l’UGTT (présidée par F. Hached).

Faut-il rappeler qu’une telle compétition, par ailleurs tout à fait normale dans un contexte de pluri syndicalisme, n’avait pas d’autres objet que de mieux servir les intérêts de la classe ouvrière et mieux combattre les projets colonialistes en Tunisie. Au-delà des rivalités, d’ailleurs, les relations entre les deux centrales étaient également marquées par des tentatives de réunification, sous la houlette des émissaires dépêchés en Tunisie par les instances internationales du mouvement syndical mondial ; des luttes, des grèves, des défilés sont menés en commun. Il faut rappeler, notamment, la grève nationale de trois jours qui fut déclarée en décembre 1951 à la suite à l’échec des pourparlers tuniso-français menés par le gouvernement Chenik, lorsque le ministre français Schuman opposa, le 15 décembre 1951, une fin de recevoir aux revendications tunisiennes. Enfin, il faut aussi rappeler que l’USTT a décidé son autodissolution , en septembre1956, et appelé ses militants et syndicats à rejoindre les rangs de l’UGTT ; elle i a donné à l’Etat son siège sis au 9, rue de Grèce et son centre médico-social , rue Essadikia (actuelle rue Abdennasser).

Aujourd’hui, force est de constater que l’histoire de l’USTT, après avoir été longtemps ignorée et occultée, commence à être mieux connue grâce aux recherches et travaux universitaires. Il faut noter, cependant, que l’UGTT continue, malheureusement, à ignorer les expériences syndicales autres que la sienne. Excepté Mohamed Ali El Hammi, aucune figure syndicale n’ayant pas appartenu à l’UGTT n’est honorée, ni même connue par les cadres syndicaux. Certes, L’UGTT est, aujourd’hui, l’unique centrale syndicale, mais cette unicité, qui est l’aboutissement d’un choix militant réfléchi, se doit d’être une synthèse rationnelle des différentes expériences syndicales qu’a connues notre pays depuis le début du XX siècle.

L’écriture de l’histoire du syndicalisme en Tunisie ne peut continuer à procéder par l’exclusion des autres composantes de la scène sociale, comme le fut jadis une certaine écriture officielle de l’histoire du mouvement national. L’UGTT se doit d’être l’héritière des multiples apports, des diverses expériences syndicales, l’écho et la mémoire des sacrifices des milliers de syndicalistes d’origines religieuses, nationales et politiques les plus diverses. Faut-il rappeler que les premières grèves déclenchées dans notre pays en 1904 furent le fait de travailleurs italiens ? Que la célébration du premier mai est le résultat de l’obstination d’un médecin anarcho-syndicaliste italien, Nocole Converti ? Que les organisations syndicales furent introduites en Tunisie par des militants français et italiens ? Que les élites tunisiennes avaient bien cru qu’il était de leur devoir - et de l’intérêt de leur pays - de s’intégrer dans le mouvement universel de la modernité sociale et politique ?

A la veille du premier mai, fête internationale du travail et des travailleurs, nous pensons qu’il est grand temps que notre centrale syndicale se mette à l’air du temps en encourageant les efforts de documentation, de recherche, de formation et d’éducation sur l’ensemble des expériences syndicales qu’a connues la Tunisie, sans aucune exclusive ou occultation.

Au-delà de l’hommage, bien mérité, à Hassen Saadaoui , la rencontre de vendredi dernier, fut surtout un moment privilégié pour accomplir un devoir de mémoire et rappeler les sacrifices consentis par tous les syndicalistes de Tunisie, sans aucune exclusive, et pour lancer un appel solennel pour la sauvegarde du patrimoine syndical de notre pays, patrimoine riche et pluriel .

Habib Kazdaghli, professeur d’Histoire contemporaine.

Université de Tunis-Manouba http://ettajdid.org/spip.php?article427

Mis à jour ( Dimanche, 26 Février 2012 11:55 )  

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